<1r>

Monsieur ——

Voici enfin les memoires que je vous ai promis si long tems, vous les auriés eu asseurement beaucoup plutot si je n'avois pas eté indispensablement empeché par une multiplicité d'affaires tant particulières que publiques la mort de Monsieur mon oncle, et mon entrée dans son emploi avant que d'etre remis des autres qui m'occupoient assés le parlement, et une nouvelle Election et la mort du Roi survenue d'abord un autre seance de parlement <1v> et a present la preparation des nouvelles especes et des medailles pour le couronnement de leurs Majestés et pour une autre Election au Parlement, sont des faits si connus et qui se presenteront si aisement a votre esprit que j'espere qu'ils suffiront pour excuser non seulement mon long silence, mais aussi les inadvertences et les fautes tant dans le sens que dans le stile dont ce que je vous envoie est rempli, — car je me suis servi de la liberté que vous m'aviès donne et j'ai mis tout pele mele a mesure que les choses me sont venues dans l'esprit au moins pouvès vous etre assurè de la veritè des faits Si je me suis expliquè <2r> d'une maniere que vous puissiès m'entendre c'est tout ce qu'un Etranger puisse esperer je crois ne devoir pas m'en mettre beaucoup en peine du reste, sachant bien que vous releverès aisement toutes mes bassesses & que mon fumier deviendra bientot or dans vos mains — Ie continue toujours dans la pensèe d'ecrire au long la vie de mon oncle quand j'en aurai le loisir, et si quelque chose peut me rendre capable de faire justice a ce divin Caractere ce sera en marchant sur vos pas et profitant de cette lumiere et invention qui brille dans tous vos ouvrages S'il y a queques autres particularites dont vous voulès que je vous informe faites moi l'honneur de me le mander <2v> et jaurai celui de vous les communiquer au plutot et le mieux que je pourrai

Si dans les memoires ci-joints je parle avec trop de vivacite de la dispute entre le Chevalier & Monsieur Leibnitz j'espere que vous l'imputeres a mon zele et affection pour un tres cher et tres honorè parent et bienfaiteur —– <3r> 2* Permettes moi de vous dire que Monsieur Newton a dit plusieurs fois que le Marquis de l'Hopital etoit convaincu avant sa mort que Monsieur Leibnitz avoit pris de lui la methode j'ai connu trop bien sa probité et son peu de soin de sa propre gloire pour croire qu'il l'ait dit sans avoir eté bîen fonde — 1 Dans le commencement quand Monsieur Leibnitz s'attribuoit hardiment cette invention & personne ne la reclamoit, il etoit fort naturel pour vous et tous les autres de la lui ceder, mais puisque la verité est pleinement decouverte a present je ne doute aucunement que vous ne la mettïes en son plein jour – Amicus Plato amicus Socrates sed magis amica veritas —

<3v>

Vous y avés fraié le chemin et oùvert les yeux de beaucoup de gens en etablissant Monsieur Newton pour inventeur dans l'eloge de Monsieur Leibnitz, et quand vous fassiès son Eloge on ne peuvoit pas attendre beaucoup d'avantage sur ce chapitre mais puisque plusieurs circonstances ont eté decouvertes depuis et que vous estes a faire a present l'eloge de Monsieur Newton je me flatte que vous acheveres ce que vous avès ebauché auparavant *

3.    Vous trouverés dans les memoires ci-joints un article touchant la Reine, j'ai la permission de Sa Majeste de vous le communiquer et je vous prie en grace de l'inserer dans l'eloge et de l'orner et y ajouter ce que vous trouverès a propos maîs de n'en rien diminuer car les graces qu'elle a fait au Chevalier meritent plus qu'on n'en saurait dire –

<4r>

D'abord que la reponse du Docteur Halley au Reverend Pere Souciet sera imprimèe je me ferai le plaisir de vous l'envoyer ——–

Vous croirès aisement Monsieur que j'aurai une grandissime impatience de voir ce que produira le premier genie du monde sur un sujet qui m'interesse tant c'est pourquoi je vous supplie d'avoir la bonté de m'en envoyer deux des premieres exemplaires car j'ai lieu de me flatter que la Reine sera bien aise d'en avoir une — Ie vous prie en meme tems de pardonner la liberté que je prens et d'étre persuadé que je suis avec beaucoup de respect &c —

© 2019 The Newton Project

Professor Rob Iliffe
Director, AHRC Newton Papers Project

Scott Mandelbrote,
Fellow & Perne librarian, Peterhouse, Cambridge

Faculty of History, George Street, Oxford, OX1 2RL - newtonproject@history.ox.ac.uk

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